Sélectionner une page

Les 22 pays membres de la Ligue arabe ont décidé de rejoindre la « Global Data Security Initiative », l’alternative chinoise au Clean Network américain. Cette annonce est intervenue après un entretien virtuel qui s’est déroulé à la fin du mois de mars entre le vice-ministre des affaires étrangères chinois, Ma Zhaoxu et Hossam Zaki, Secrétaire général adjoint de la Ligue. Si aucun détail n’a filtré, l’accord permet à la Chine et à ses alliés de disposer d’un poids plus important en matière de gouvernance mondiale du numérique.             
L’adhésion de la Ligue Arabe à ces principes intervient après une visite officielle du ministre des affaires étrangères Wang Yi dans 6 pays du Golfe, tous intégrés au projet des Routes de la Soie. Wang s’est exprimé en faveur d’une plus grande intégration entre la Belt & Road Initiative (BRI) et les stratégies de développement mises en place tant par les Emirats que par l’Arabie Saoudite (Vision 2030).              
A Abou Dhabi, les deux pays se sont également engagés à procéder à une reconnaissance mutuelle de leur code de la santé (ce qui devrait favoriser le développement de la Health Silk Road, un projet promu lors du dernier BOAO Forum) et envisagent de coopérer dans les domaines de l’énergie, des technologies et de la finance. Hasard du calendrier (ou pas ?), les Emirats ont annoncé la mise en œuvre de leur « National Behavioural Reward Programme » (programme national de récompense comportementale) qui avait été annoncé l’an dernier et qui semble dérivé du système de crédit social chinois. Le programme émirien, contrôlé par une appli, prévoit de récompenser la responsabilité individuelle, le soutien à la famille, le patriotisme, les interactions avec la communauté et la croissance économique. Il s’adresse à chaque catégorie de citoyens ainsi qu’aux leaders du monde des affaires. A terme, l’objectif consisterait également à accroître la compétitivité du pays.  Ce rapprochement entre la Chine et les Emirats inquiète beaucoup les Etats-Unis qui craignent que leurs technologies duales ou militaires soient transférées ou épiées par Pékin.    
Les entretiens qui ont eu lieu avec les pays arabes ont coïncidé à la présentation, par le gouvernement chinois, du 14ème plan quinquennal annonçant les ambitions technologiques du pays, notamment en matière de 6G, dont la Chine détient déjà 35 % des brevets. Portée par Huawei, la 6G prévoit une complète reconception de l’internet autour du concept de « New IP », lequel est intrinsèquement « sécurisé ». L’utilisateur devra en effet être enregistré pour pouvoir accéder au réseau et les autorités disposeront du pouvoir de couper l’accès de tout individu à l’internet puisque les outils de surveillance, de « crédit social » et de censure seront intégrés à l’architecture du système. Pour favoriser l’adoption de ce nouveau standard, la Chine a décidé de contourner les instances habituelles et de s’appuyer sur l’ITU (International Telecommunications Union – qui dépend de l’ONU), sur laquelle elle dispose d’un fort levier d’influence.  L’ITU est en effet une instance multilatérale où sont représentés les pays membres de l’ONU, contrairement à l’IETF (Internet Engineering Task Force) ou à l’ICANN, organes prévus pour la discussion de ces normes, où sont également présents des membres de l’industrie et de la société civile.   
L’adhésion de la Ligue Arabe à l’initiative chinoise sur la sécurité des données est donc loin d’une opération anecdotique puisque ce sont 22 pays supplémentaires qui apporteront leur soutien à un projet qui risque de donner lieu à une surveillance mondialisée. 

Partager l'article :