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Le gouvernement saoudien a annoncé qu’il cesserait d’attribuer des contrats publics aux entreprises étrangères ne disposant pas de leur siège régional dans le Royaume, à compter de 2024. Les entreprises concernées sont celles qui traitent avec le gouvernement, les agences gouvernementales et les institutions saoudiennes. Mais, selon le Ministre des investissements, Khalid Al-Falih, la réglementation ne s’appliquerait qu’aux marchés publics organisés par le Ministère des finances, ce qui exonèrerait ceux ouverts par Aramco. On ignore encore si les contrats émanant du Public Investment Fund (PIF) seront concernés. Certains secteurs, dont la liste sera publiée à la fin de l’année, bénéficieront d’exemptions.

Le Programme HQ initié par Mohammed ben Salman vise à créer des emplois et à repositionner le pays en tant que base financière et touristique régionale, ainsi qu’à éviter la « fuite économique ». Il s’agit également d’opposer une concurrence directe à Dubaï, qui a jusque-là occupé un rôle de leader pour sa place financière. Les entreprises qui décideront d’installer leur siège régional en Arabie Saoudite bénéficieront d’une exemption d’impôts pendant 50 ans et pourront également passer outre l’obligation d’employer un quota de main d’œuvre locale pendant 10 ans. Ils pourraient également être favorisés lors des appels d’offres.

A la fin du mois de janvier, Mohammed ben Salmane avait annoncé que 24 entreprises s’étaient engagées à relocaliser à Riyad (Pepsi, Bechtel, Schlumberger,…), même si, selon Bloomberg, elles seraient encore en attente de précisions avant de signer formellement.
A la personnalité controversée de Mohamed ben Salmane et à un cadre légal jugé mouvant, s’ajoutent donc ces mesures contraignantes qui ne vont pas faciliter l’exercice des investisseurs étrangers.

Rappelons que l’Arabie Saoudite exige de plus en plus que soient effectués des transferts de technologies pour développer l’industrie nationale, tant civile (Siemens, Janssen, Amgen, Thales…) que militaire (CMN, BAE Systems, Nexter…) ce qui ne va pas sans risques pour les entreprises concernées. MBS a récemment déclaré qu’il entendait produire 60 % de ses besoins en matière de défense de manière locale à l’horizon 2030 et qu’il engagerait 20 Mrds $ à cette fin (dont 10 Mrds en dépenses de recherche et développement) au cours de cette même période. Tandis que l’occident a eu les yeux braqués sur les rachats chinois au 1er semestre 2020, Riyad a effectué un certain nombre d’acquisitions d’entreprises à l’étranger, profitant de l’effet Covid pour renforcer ses capacités financières. Les Saoudiens poursuivent d’ailleurs toujours cette politique puisque lors de la récente visite de la Ministre des affaires étrangères espagnole dans les pays du Golfe, Jaled Al Faleh (le Ministre saoudien des investissements) a présenté un document précisant les secteurs dans lesquels le PIF était prêt à co-investir, dans le cadre du plan de relance européen. Ces opérations permettent à l’Arabie Saoudite de disposer d’un important levier pour accroître son influence à l’échelle internationale, d’autant que les relations avec les Etats-Unis se détériorent.

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