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Les sanctions coordonnées imposées par les Etats-Unis, l’Union Européenne, le Royaume-Uni et le Canada contre 4 officiels chinois, le Bureau de la sécurité publique du Xinjiang et le Xinjiang Production and Construction Corps pour des abus commis contre les Ouighours, ont entrainé d’importantes contre-mesures chinoises. Des sanctions officielles ont été dirigées à la fois contre 5 parlementaires européens, 5 parlementaires britanniques, 2 responsables américains et 2 responsables canadiens, 4 think-tanks, plusieurs chercheurs et le cabinet juridique Essex Court Chambers. Si aucune sanction directe à l’encontre d’entreprises occidentales n’a été prise, les mesures de rétorsion orchestrées contre certaines d’entre elles, sont massives :
– H&M subit le boycott le plus important. La marque a disparu du monde numérique chinois (Alibaba et JD.com ont retiré les produits de leurs plateformes) à la suite d’une campagne initiée par la Ligue des jeunes communistes. Si les magasins sont toujours ouverts, la clientèle s’y fait rare (d’autant que les adresses physiques ont, elles aussi, disparu des applis). A Urumqi (Xinjiang), un centre commercial aurait décidé de fermer la boutique, dans l’attente des excuses de l’entreprise. A Chengdu, c’est l’enseigne lumineuse qui aurait été démantelée de la façade du magasin. H&M avait déclaré, en septembre dernier, être très soucieux des allégations de travail forcé dans le Xinjiang et précisé que son approvisionnement en coton ne provenait pas de la région. Huang Xuang, l’égérie de la marque en Chine, a mis un terme à son contrat. Les autorités chinoises ont fini par déclarer que l’entreprise ne gagnerait plus un penny en Chine si elle ne se fournissait pas en coton local. H&M est membre de l’organisation Better Cotton Initiative, fondée par le WWF. A l’instar de Nike et d’Adidas qui font également l’objet d’une campagne de dénigrement.
– Nike, Adidas, Tommy Hilfiger, Converse et Calvin Klein ont perdu leurs égéries. Nike avait publié une déclaration officielle en 2020, exprimant ses inquiétudes face au travail forcé dans le Xinjiang et affirmait ne pas avoir recours au coton de la région.
Inditex aurait de son côté retiré de son site sa déclaration quant au travail forcé des Ouighours, par peur des représailles. Si le texte est bien présent (en cache) sur les moteurs de recherche, il demeure inaccessible. New Balance Canada aurait suivi une stratégie identique.
– Hugo Boss (Allemagne) a adopté une communication qui pourrait se révéler périlleuse puisqu’il soutient en Chine qu’il continuerait à user de coton du Xinjiang. Au public occidental, il annonce, en revanche, ne pas avoir de fournisseurs dans la région.
– Muji a, de son côté, affirmé qu’il se fournissait en coton du Xinjiang et qu’il n’entendait pas modifier sa stratégie. Dans un effort visant à éviter le boycott, l’entreprise a même labellisé certaines de ses pièces d’habillement d’un label « Xinjiang Cotton ». Cette stratégie n’aura, semble-t-il pas suffit puisque des internautes ont jugé la démarche « hypocrite » Muji ayant précédemment déclaré qu’il n’exporterait pas de produits en provenance de la région, vers les Etats-Unis. Les cours de Bourse de la marque ont baissé de plus de 6% vendredi matin.
Burberry est la première marque de luxe à être touchée par ce mouvement de boycott. Elle a perdu son ambassadrice en Chine, l’actrice Zhou Dongyu, et ses tartans caractéristiques ont été retirés du jeu vidéo très populaire de Tencent, “Honor of Kings”. Burberry est également adhérent à la Better Cotton Initiative, indirectement visée par ces mouvements de boycott. La BCI bénéficie en effet de financements de l’USAID, de la DANIDA (Danemark), du GIZ (Allemagne), de la coopération suisse, de la Loterie Suédoise et de la Laudes Fondation, une institution privée. Le chapitre basé à Shanghai, a annoncé vendredi 26 mars qu’il n’avait décelé aucune trace de travail forcé au Xinjiang, ce qui contredit totalement ce qui figurait sur le site de l’ONG jusqu’au 23 mars.
– En France, Lacoste, qui ne s’est jamais exprimé sur le sort des Ouïghours, a également été contacté par l’agence de son égérie, le chanteur Huang Zitao, pour annoncer la fin de son contrat. Le représentant du chanteur réclamait une déclaration de l’entreprise française sur tous les réseaux sociaux mondiaux clarifiant sa position à l’égard de la minorité musulmane. Décathlon et LVMH, adhérents de la BCI, pourraient également subir les foudres de cette campagne.
Le gouvernement chinois s’est peu exprimé sur ces boycotts. Il a en revanche distillé une propagande nationaliste qui a permis aux marques chinoises d’habillement de gagner en notoriété et en adhésion. Politiquement, les entreprises occidentales se trouvent écartelées entre deux systèmes de valeurs antagonistes entre lesquels elles risquent de devoir faire un choix. Ce système de valeurs- qui refuse toute immixtion dans les affaires intérieures d’un pays tiers- a trouvé un écho favorable chez les Russes. Sergei Lavrov et Wang Yi, qui se sont entretenus le 23 mars, ont appelé à la tenue d’un meeting de l’ONU pour réunir les Etats hostiles aux sanctions de l’UE et des Etats-Unis. Le Président du Comité permanent du Congrès national populaire chinois, Li Zhanshu, avait annoncé le 8 mars dernier que Pékin allait étoffer ses outils réglementaires pour contrer les sanctions extérieures, les interférences et les dispositifs extraterritoriaux mis en place contre la Chine. Les nouveaux outils doivent permettre à Pékin de lancer des contre-mesures équivalentes. Ils permettront de répondre à des problématiques commerciales ET politiques (Xinjiang et Hong-Kong). Ils devraient toutefois être dotés d’un seul caractère défensif.

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